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Tony Comédie

#ILoveMusicals

Lazarus (Londres)

#Critique

Aujourd'hui, j'accueille mon amie Victoria au sujet du spectacle Lazarus, qui se joue actuellement à Londres.

Lors de mon dernier séjour à Londres, j’ai pu assister au dernier projet musical du célèbre chanteur David Bowie, disparu il y a bientôt un an, Lazarus. Après deux mois de représentations à guichets fermés New York Theatre Workshop de Manhattan (un petit théâtre de 300 places), le spectacle mis en scène par Ivo Van Hove s’est installé à Londres depuis le 25 Octobre. Il se joue au King’s Cross Theater dans une salle de 1000 places spécialement montée pour accueillir Lazarus jusqu’au 22 Janvier 2017.

Ce show se présente comme la suite du roman de science-fiction écrit par Walter Trevis en 1962, L’homme qui venait d’ailleurs et qui nous raconte l’histoire de Thomas Newton, un alien, possédant la particularité d’avoir un visage humain et d’être immortel, qui se retrouve condamné à vivre sur Terre. David Bowie a lui-même incarné ce personnage dans une adaptation cinématographique de 1976 et considérait ce rôle comme le rôle de sa vie. C’est pour cette raison qu’il a choisi de lui redonner vie une dernière fois.

Lazarus rassemble au total 17 titres issus du répertoire de la star du rock, réarrangés et joués en live par 8 musiciens. On retrouve dans cette set-list des morceaux anciens qui ont permis au chanteur du quartier populaire de Brixton d’entrer dans la légende et d’être élevé au rang d’icône comme « Life on Mars » ou encore « Heroes » mais aussi des chansons plus récentes comme « Lazarus » qui ouvre le spectacle et qui fait partie du dernier album du chanteur, Blackstar. David Bowie a également composé 3 chansons spécialement pour le spectacle : « No plan », « Killing a little time » et « When I met you » (de quoi ravir les fans de la première heure !).

A mi-chemin entre le théâtre musical et le concert-live, Lazarus est un spectacle singulier, très éloigné de ce qu’on peut voir habituellement dans le West End ou à Broadway mais ce spectacle unique vaut vraiment le détour d’autant plus que le cast principal américain composé de Michael C.Hall (Dexter, Six Feet Under), Sophia Anne Caruso (Smash) et Michael Vesper (American Idiot, Do not Harm) ont accepté de participer à la production londonienne.

Cloîtré dans un petit appartement de New York, Thomas Newton se noie dans l’alcool et la solitude, passe ses journées à regarder la tv et à penser à son amour perdu, Marylou… Il est suivi par son assistante Elly, jouée par Amy Lennox, formidable chanteuse et actrice que j’avais vue l’année dernière dans Kinky Boots dans un rôle comique complètement à l’opposé de celui-ci. Lassée par sa vie de couple, elle devient peu à peu obsédée par Newton et va jusqu’à se teindre les cheveux en bleu comme Marylou. Parallèlement à cela, nous suivons l’histoire de Valentin en couple avec Ben (Tom Parsons : Avenue Q, Mamma Mia) qui est visiblement à l’origine du transfert de Newton sur Terre. Rejeté par son amant, Valentin le tue et sombre dans la folie et tuera à chaque fois qu’il se sent mis à l’écart. Mais le spectacle est véritablement porté par Michael C.Hall et Sophia Anne Caruso qui incarne « Girl », un fantôme venu pour aider Newton à rentrer chez lui. Une formidable relation pleine de tendresse (la seule vraiment réciproque !) se tisse entre les deux personnages, tous deux en quête de liberté et de paix…

Tous les personnages ont en commun le fait d’être coincés dans une réalité qu’ils cherchent à fuir à tout prix. Ils sont en perpétuel décalage avec ce qu’ils voudraient vivre. Dans Lazarus, la frontière entre la réalité et l’illusion est toujours mince et la folie atteint quasiment tous les personnages. Nous ne savons pas toujours si ce qui passe entre les personnages est réel ou si ce sont que des projections de l’imagination de Thomas Newton. Celui-ci est présent sur scène durant toute la durée du show, soit en étant au centre de toutes les attentions, soit en restant à l’écart en position d’observateur. La folie atteint son comble lorsque dans le second tableau du spectacle sur la chanson « It’s No Game », Thomas Newton regarde une vidéo et que le personnage du clip sort de l’écran pour dialoguer avec lui.

Etant une grande fan de la série Dexter, j’étais vraiment impatiente de voir Michael C.Hall, qui a été choisi par David Bowie lui-même pour incarner Thomas Newton et faire à la fois la promotion de l’album du chanteur et du spectacle car David Bowie, atteint par la maladie, ne souhaitait plus remonter sur scène. J’ai été littéralement bluffée par son interprétation du titre phare « Lazarus » à la télévision car je ne savais pas qu’il était aussi bon chanteur. Avant de jouer à l’écran un expert en tâches de sang le jour et un justicier la nuit, l’acteur a joué dans plusieurs comédies musicales à Broadway dont Hedwig and the Angry Inch, Chicago et dans la version de 1999 de Cabaret du célèbre metteur en scène et réalisateur Sam Mendès. Décidément, il faut croire que l’acteur aime jouer des personnages complexes et torturés. En tout cas, le rôle de Thomas Newton lui va à merveille et lui permet de jouer avec toute une palette d’émotions. On ne peut que s’attacher à ce personnage à la fois inquiétant et touchant. Michael C.Hall ne cherche jamais à imiter David Bowie lorsqu’il chante même si parfois la ressemblance avec le timbre de voix du chanteur disparu et les intonations similaires sont un peu troublantes. Sa voix parfois éraillée crée encore plus d’émotion comme sur le très beau titre mélancolique « Where are we now ? ».

Sophia Anne Caruso est exceptionnelle. A seulement 15 ans, elle fait preuve d’une incroyable maturité dans sa manière de chanter et d’interpréter. C’est elle qui interprète la majorité des ballades du spectacle (« No Plan », « This is not America ») et l’immense tube « Life on Mars ? » dans une version piano-voix inédite. Sophia Anne Caruso a d’ailleurs été nominée plusieurs fois pour son rôle notamment aux Lucille Lortel Awards 2016 aux Etats-Unis et aux Whats on Stage Awards 2016 à Londres. Il y a de très grandes chances que l’on entende encore beaucoup parler d’elle dans les prochaines années. Michael Vesper dans le rôle du psychopathe Valentin est tout à fait remarquable. Même si son personnage est vraiment effrayant et très sombre, il nous fait quand même décrocher quelques sourires lors de son solo, « Valentine’s Day » avec son interprétation pleine de second degré et d’humour noir. Le rôle des chœurs est particulièrement intéressant et ingénieux. Les trois chanteuses apportent plus de relief aux chansons mais sont aussi intégrées à la mise en scène comme de véritables personnages secondaires. Elles incarnent les amies de « Girl » et l’incite à aider Newton.

La mise en scène de Lazarus reste sobre et se rapproche parfois du théâtre contemporain. Un frigo, un lit et un écran central servent à représenter l’appartement de Thomas Newton et il n’y a aucun changement de décor durant le spectacle. L’écran joue un rôle essentiel. On y voit tour à tour des images abstraites qui symbolisent les pensées des personnages, leurs peurs, leurs rêves, des images d’archives faisant allusion par exemple au mur de Berlin ou encore des images montrant l’immensité des rues de New York et leur effet aliénant sur le personnage principal.

Lazarus est un spectacle un peu déstabilisant car la narration est assez décousue et on ne sait pas toujours où l’on veut nous emmener. Mais ce spectacle a le mérite de nous faire nous questionner sur la vie, la mort, le sens de l’existence. David Bowie a sans doute voulu laisser aux spectateurs une grande liberté d’interprétation. Il ne faut donc pas chercher à tout comprendre dans ce spectacle à l’univers si particulier et plutôt se laisser porter par les chansons. L’arrangement des morceaux, mélange entre des rythmes rock très efficaces et des mélodies pop très mélodiques, est très réussi. Le spectacle se clôt sur une très belle reprise de « Heroes », une ode à l’espoir et au pouvoir quasi illimité de l’imagination, le seul exutoire qui nous permet d’embellir notre existence.

Le dernier projet musical de Bowie est donc un véritable voyage intérieur et l’on ressort de ce spectacle, un peu chamboulé. Lazarus est une expérience un peu indéfinissable mais dans tous les cas, incroyablement poétique !

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