Critique : Wonder.land au théâtre du Châtelet

Wonder.land
Wonder.land, ou Alice 2.0 au pays des jeux vidéos, est le conte – revisité – à l’affiche du Théâtre du Châtelet jusqu’au 16 juin 2016.

Alternant comédiens et projections de vidéos, cet univers séduisant aux idées simples constitue un cadre idéal pour deux surprenantes heures de dialogues et de musique.

Ce qui m’a charmé en premier lieu dans Wonder.land, c’est la réactualisation de l’histoire de Lewis Carroll. Celle-ci est vraiment réussie : Alice est une jeune fille en pleine crise d’identité, inséparable de son smartphone, qui va trouver refuge dans un jeu en ligne. Ce choix de l’univers 2.0 permet de justifier sans peine les personnages loufoques du pays des merveilles, comme autant de personnes au mal-être destructeur. Les nombreuses références faites à l’œuvre de Carroll tout au long de la pièce ne rendent que plus naturelle cette adaptation à un univers numérique.

À l’origine de ce projet, le metteur en scène Rufus Norris, la librettiste Moira Buffini et le compositeur Damon Albarn. Tous trois sont d’accord sur le message qu’ils souhaitent délivrer dans Wonder.land, répondre, à cette difficile question qui hante les adolescents : « Qui es-tu ? ». Pourtant, les idées défendues au long des scènes ne m’ont pas toutes convaincu. J’ai regretté des discours faciles, voire des clichés et des raccourcis caricaturaux (le smartphone comme prolongement vital du corps, l’orientation sexuelle comme réponse à la question de l’identité…). Malgré cela, le livret est séduisant, et le rythme entraînant.

Le défi que présente l’intégration d’un jeu vidéo à la scène à été brillamment relevé par Rufus Norris et Rae Smith (décors). Les scènes dans la réalité d’Alice et dans le jeu vidéo s’enchaînent avec fluidité. Les premières, en noir et blanc, contrastent avec les couleurs vives de Wonder.land. Katrina Lindsay propose pour cela de magnifiques costumes, gris et classiques ou colorés et surprenants. Les lumières de Paule Constable et les projections vidéos de 59 productions achèvent de relever l’ensemble avec finesse, pour le plus grand plaisir des yeux.

Le plaisir des oreilles est en revanche un peu moindre. La distribution de cette pièce est plaisante, avec notamment deux Ally réelle / Alice avatar (Lois Chimimba / Carly Bawden) que tout oppose mais qui dialoguent très adroitement sur scène. Hal Fowler endosse le chapeau du chat Cheshire et de la chenille Absolem. Il insuffle aux scènes de jeu vidéo leur rythme et leur folie. Si je ne devais retenir qu’un seul nom, ce serait celui de Anna Francolini. Interprête de la directrice du collège d’Ally et de la reine rouge de Wonder.land, elle porte tout le deuxième acte du spectacle, incroyablement convaincante, tant scéniquement que vocalement !

La musique de Damon Albarn m’a laissé sur ma faim. Pleine de bonnes idées, elle se limite malgré tout à leur exploitation la plus simple. J’aurais aimé autant d’audace dans la composition que dans l’orchestration, très réussie pour sa part. Malgré cela, la magnifique troupe de Wonder.land, en particulier tous les seconds rôles, fait vivre ce spectacle sans un seul temps mort !

Wonder.land, un pari plutôt réussi. J’en suis sorti avec une furieuse envie de relire mes classiques, et de belles images plein les yeux. Sans chanson en tête certes, mais réellement satisfait par ces deux heures enivrantes de spectacle. Dernier de la saison, ce musical du théâtre du Châtelet est à voir !

Wonder.land est joué jusqu’au 16 juin 2016 au théâtre du Châtelet.

Merci à Der Traümer (remidertraumer@gmail.com), rédacteur invité pour cette critique !

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