Critique : Sweeney Todd au Théâtre Royal de la Monnaie Tour&Taxis

Sweeney Todd
© B. Uhlig / La Monnaie
C’est dans un chapiteau situé sur le site de Tour&Taxis à Bruxelles que le diabolique barbier londonien Sweeney Todd nous reçoit jusqu’au 30 juin 2016.

En arrivant dans la salle, on y découvre les décors de Colin Richmont, constitués de containers placés dans un entrepôt. Ils nous transportent de l’époque victorienne, où se situe initialement l’action, jusqu’aux années 1970. Ce décor, fonctionnant de la même façon qu’une poupée gigogne, s’avérera des plus fonctionnels pour nous transporter aux quatre coins de Londres.

La brillante mise en scène de James Brining (créée en 2010 à Dundee) capture l’attention du spectateur dès son arrivée dans la salle… pour ne plus la lâcher. En effet, le chœur déjà en scène avant l’arrivée des spectateurs figure les patients de l’asile du deuxième acte, nous plongeant instantanément dans l’ambiance glauque de la pièce.

Les changements de décors, grâce à l’arrivée parfaitement chorégraphiée d’accessoires, permettent d’enchaîner avec fluidité tous les tableaux. Nous assistons ainsi au retour et à la mise en place de la vengeance de notre barbier, injustement condamné par le corrompu juge Turpin à quinze années d’exil.

Du point de vue musical, on notera un léger déséquilibre de balance sur le plateau. Bien que sonorisés, certains artistes ne le sont pas toujours assez pour surmonter les difficultés acoustiques inhérentes au lieu.

Le Sweeney Todd de Scott Hendricks est impressionnant. Son jeu d’acteur réussi à nous faire oublier le monstre assoiffé de sang qu’il est devenu. L’extraordinaire prestation de la mezzo-soprano Carole Wilson nous campe une Mrs Lovett des plus drolatique et tout aussi diabolique. La troublante Natascha Petrinsky incarne avec force la vieille Lucy, mendiante perdue et lubrique. On soulignera également dans le rôle du jeune Tobias Ragg, George Ure, particulièrement excellent dans le jeu et vocalement très émouvant dans son air « Not While I’m Around ».

Andrew Schroeder et Christopher Gillet incarnent parfaitement le duo corrompu, le juge Turpin et son factotum. Le couple Antony Hope et Johanna, interprété par Finnur Bjarnason et Hendrickje Van Kerckhove, souffre malheureusement d’un léger manque de sonorisation mais n’en reste pas moins attendrissant. Le personnage extravagant Pirelli de Charles Clarke est ridicule à souhait.

Le chœur qui tient une part de choix dans cet ouvrage est impressionnant de par son jeu et sa puissance vocale. A chaque interprétation de « The Ballad of Sweeney Todd », le public frissonne.

Osez passer la porte du diabolique barbier de Feet Street et laissez-vous emporter avec lui dans cette histoire où l’amour et la vengeance, le noir de l’humour et le rouge de l’hémoglobine, les frissons et l’émotion, se mélangent et vous font vivre un très beau moment musical.

Sweeney Todd au Palais de la Monnaie à Tour&Taxis (avenue du port 86c – 1000 Bruxelles), les 14, 16, 17, 19, 21, 22, 26, 28, 29 & 30 juin 2016.

Merci à Michel Beckers, rédacteur invité pour cette critique.

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