Critique : La Belle Hélène, par la troupe Elixir Enchanté

La Belle Hélène
© Sylvain Mino
Au théâtre Clavel, la joyeuse troupe de l’élixir enchanté revisite la fresque mythologique d’Offenbach, la Belle Hélène. Les airs connus et les jeux de mots fusent pendant une heure et demie, entraînant la salle hilare 4000 ans en arrière, à l’aube de la guerre de Troie.

David Koenig propose, pour cette reprise, une mise en scène virevoltante dans un décor épuré. Sur scène, un piano excentré, un rideau blanc, quelques petites colonnes grecques et sept comédiens-chanteurs. Si David Koenig a su s’inspirer des imposantes productions qu’ont connues ces très belles pages d’Offenbach, c’est avec des moyens modestes qu’il a lancé la troupe de l’élixir enchanté dans cette aventure. Un livret réinventé, des airs écourtés, le but est clair : donner à cette opérette une dimension plus intimiste. C’était un pari de réduire ainsi une pièce de deux heures pour chœur, orchestre et quatorze solistes.

Le résultat est là ; dans cette petite salle du 19ème arrondissement, Je me suis laissé aspirer par l’énergie de la troupe et l’euphorie des spectateurs. Sur scène, chacun met tous ses talents au service de l’histoire. Et parmi les attachants personnages hauts en couleur, on vibre pour la belle Hélène (Fleur Mino) et son prétendant, le prince troyen Pâris (Xavier Flabat). Ce Prince fait bien de l’ombre à Ménélas (Hervé Roibin) – avec l’assistance de Calchas (Guillaume Beaujolais), le grand augure de Jupiter – dans le but de ravir la fille de Léda à ce monarque naïf et couard. Autour d’eux, un panel de personnages drôles, interprétés par trois comédiens seulement, qui alternent sans répit des rôles divers et exigeants.

Les scènes s’enchaînent sur un rythme effréné, ponctuées de chansons et de danses. Je n’ai pas toujours été convaincu par les nombreuses chorégraphies, manifestement fatigantes pour les artistes, et parfois imprécises. C’est pourtant le dynamisme du plateau qui fait la très grande force de ce spectacle, et sa promiscuité qui donne l’impression, à la fin de la représentation, de connaître sur le bout des doigts les différents protagonistes.

Musicalement, je tire mon chapeau à Lucile Steunou, l’accompagnatrice au piano. Elle fait un travail soutenu et remarquable pendant cette représentation, où la musique tient un place prédominante. Si je n’ai pas toujours accroché aux ajouts effectués à la partition d’Offenbach, je reconnais que la troupe sait servir cette musique avec une redoutable efficacité… Préparez-vous à avoir la Belle Hélène en tête pendant quelques jours après ce spectacle ! Les voix sont belles, et les airs des deux rôles principaux sont très bien interprétés malgré, parfois, leur grande difficulté (je l’attendais au tournant de l’air du mont Ida, un grand bravo à Xavier Flabat !). Un seul bémol, la fatigue audible des voix à la fin du spectacle, atténuant quelque peu l’éclat du grand final.

Malgré des moyens réduits, David Koenig a su trouver les bons mots et les bons artistes pour donner à cette production la fraîcheur nécessaire. Ce spectacle court et intense n’est pas encore parfait, mais j’ai réellement passé une excellente soirée en face de cette troupe, et y retournerais avec grand plaisir.

Tel un grand cru, cette Belle Hélène promet de se bonifier avec le temps, mais à l’opposé, elle est à consommer sans modération par toute la famille ! La Belle Hélène est jouée jusqu’au 2 novembre au théâtre Clavel à Paris.

Merci à Der Traümer (remidertraumer@gmail.com), rédacteur invité pour cette critique !

Commentaires

avatar
wpDiscuz