Critique : In The Heights (Londres)

In the heights
Je laisse la place aujourd’hui à mon amie Victoria qui était à Londres la semaine dernière et qui nous partage son avis sur la comédie musicale In The Heights. La comédie musicale de Lin-Manuel Miranda se joue au King’s Cross Theater jusqu’au 8 Janvier 2017.

In the Heights a été composée par Lin-Manuel Miranda, un artiste que l’on ne présente plus dans le milieu de la comédie musicale depuis le triomphe d’Hamilton, son deuxième spectacle qui fait actuellement salle comble à Broadway. Lin-Manuel a également composé une partie de la bande-originale du dernier Disney Vaiana ou La Légende du Bout du Monde et sera à l’affiche du sequel en live-action Mary Poppins Returns en 2017.

Mais revenons à In the Heights, sa première comédie musicale qui est pour le moins surprenante et haute en couleurs. Ce musical, dont le livret est de Quiara Alegria Hudes, a fait partie de la programmation Off-Broadway avant de rejoindre la sélection officielle de 2008 à 2011. Il a été nominé pour 13 Tony Awards et en a remporté 4 (Meilleure Comédie Musicale, Meilleure Partition, Meilleure Chorégraphie et Meilleure Orchestration). L’album du spectacle a également remporté un Grammy Award. De nombreuses tournées dans le monde s’en sont suivis et la production londonienne, que j’ai eu la chance de voir, est installée depuis 2 ans au King’s Cross Theater.

L’histoire se déroule sur 3 jours dans un quartier de Washington Heights à New York City et nous faisons connaissance avec une communauté qui forme une véritable famille, originaire de la République Dominicaine. Le premier tableau du spectacle nous présente toute une galerie de personnages par l’intermédiaire d’Usnavi : Daniela, la patronne d’un salon de beauté, Nina qui vient tout juste de rentrer de l’Université, Kevin son père hyper-protecteur, devenu le gérant d’une entreprise de taxi, Benny qui travaille pour Kevin et qui est amoureux de Nina mais rejeté par le père de celle-ci, Usnavi, le personnage principal qui tient un café et qui a été recueilli après la mort de ses parents par Abuela, la matriarche qui garde un œil bienveillant sur tout le monde… On suit ainsi les aspirations de ces personnages, leurs rêves, leurs ambitions mais aussi leurs désillusions, la vie étant difficile dans le quartier de Washington Heights… Lorsque Usnavi apprend aux autres qu’il possède un ticket de loterie gagnant, valant 96 000 dollars, chaque personnage réagit de manière différente et imagine ce qu’il ferait de cette fortune… Usnavi rêve de retourner en République Dominicaine car il n’a jamais connu son île d’origine, Vanessa rêve de s’installer dans son propre appartement en dehors du quartier de Washington Heights, Nina ne sais plus vraiment où est sa place et hésite à retourner à l’université, loin de sa famille…

Ce qui surprend immédiatement lorsque l’on rentre dans la salle, c’est la configuration de la scène qui est basse et rectangulaire. Les spectateurs prennent place sur les deux longueurs de la scène. La salle a une capacité beaucoup plus petite que dans les autres théâtres où l’on voit habituellement des comédies musicales à Londres, ce qui crée d’emblée une atmosphère beaucoup plus intimiste. De par leur proximité avec le public, les comédiens nous font davantage plonger dans les histoires qu’ils nous racontent. De plus, ils n’hésitent pas à attirer constamment notre attention, à nous interpeller pendant certains tableaux (« In the Heights », « Blackout », « Carnaval del Barrio ») comme s’ils nous conviaient à leur fête. Les personnages deviennent, au fil de l’histoire, tous plus attachants les uns que les autres.

Le casting de cette production londonienne est très convaincant. On peut retenir tout d’abord la performance de Sam McKay (Wonder.land, Flashdance, Mamma Mia!) qui incarne Usnavi. Il ne cherche en aucun cas à imiter le créateur du rôle, Lin-Manuel Miranda lui-même, et apporte sa patte personnelle au personnage. Norma Atallah (Stepping Out, Cats, Fiddler on the Roof) joue le personnage d’Abuela Claudia, la doyenne de la communauté. Elle est particulièrement touchante dans ce rôle notamment lorsqu’elle nous raconte son histoire dans son solo « Pacienca Y Fe », son arrivée aux Etats-Unis avec sa mère, sa difficulté à s’intégrer et à apprendre l’anglais et le fait qu’elle a dû travailler dur pour s’en sortir mais qu’elle n’a jamais eu les moyens suffisants pour retourner sur son île natale.

On est obligé de parler aussi d’Aimie Atkinson qui incarne à merveille Daniela, la patronne du salon de beauté, un personnage exubérant et excentrique. Elle est connue pour avoir remporté le concours prestigieux de la BBC Voice of Musical Theatre Award et a joué dans de nombreuses productions londoniennes comme Aladdin, Legally Blonde et The Wizard of Oz. Enfin, mention spéciale à Sarah Naudi, qui interprète la mère de Nina et qui délivre, lors de son solo (« Enough ») une performance impeccable et pleine de punch. Son personnage qui reste plutôt effacé durant tout le spectacle, ose enfin avouer à son mari et à sa famille ce qu’il pense et nous offre, selon moi, l’un des moments les plus drôles du spectacle.

In the Heights nous embarque littéralement et nous fait passer du rire aux larmes. En effet, le spectacle alterne impeccablement entre des moments plus légers et festifs comme dans les tableaux « Blackout » où les personnages se réunissent pour fêter le 4 Juillet (l’idée du feu d’artifice aurait pu être plus parlante visuellement) ou « Carnaval del Barrio » et des moments plus graves tels que la mort d’Abuela « Alabanza » ou lorsque Kevin nous raconte les sacrifices qu’il a dû faire afin de changer de condition sociale dans « Inutil ». David Bedella (The Rocky Horror Picture Show, Sweeney Todd, Chicago, A Chorus Line), l’interprète du père de Nina nous offre une prestation poignante.

Ce que l’on retient également de ce spectacle et ce qui fait sa grande qualité est le mélange subtil des styles. En effet, dans le même morceau, nous passons du hip-hop à la salsa, en faisant parfois un bref détour du côté de la bachata ou encore de la soul, toujours avec un grand sens des harmonies. Lin-Manuel Miranda est l’un des premiers à avoir introduit les musiques latines dans le genre de la comédie musicale. Cela est très réussi ! Nous retrouvons aussi des morceaux plus classiques dans le plus pur style Broadway avec de grandes envolées vocales. Nous voyageons sans cesse dans des ambiances différentes et il est donc impossible de s’ennuyer !

In the Heights nous offre aussi de très beaux tableaux de danse. On peut saluer la performance remarquable du jeune danseur et chanteur, Damian Buhagar, qui incarne Sonny, le cousin d’Usnavi, avec beaucoup de charisme et d’aisance sur scène.

La complicité des comédiens est évidente et une énergie incroyablement communicative se dégage de ce spectacle ! Il ne reste plus qu’une dizaine de représentations alors n’hésitez pas à aller faire un tour du côté de Londres en cette période en ces fêtes de fin d’année ! Et pour ceux qui n’auront malheureusement pas la possibilité de voir ce spectacle, sachez qu’un film basé sur la comédie musicale est en projet pour 2017 !

Merci à Victoria Richard, rédactrice invitée pour cet article.

Commentaires

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Lucas
Lecteur

Le show a ouvert au King’s Cross Theatre en Octobre 2015 et non pas en 2014. C’est à dire, il y a un peu plus d’un an :)

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